L’archipel de Saint-Pierre et Miquelon

Publié le par Visualia

Un petit territoire français en Amérique du Nord

Saint-Pierre-et-Miquelon est un petit archipel, morceau de la France en Amérique du Nord, situé tout près de la grande île canadienne de Terre-Neuve. Il évoque bien des souvenirs pour les grands voyageurs, les pêcheurs et pour tous ceux qui se souviennent qu’en 1763, par le traité de Paris, le roi Louis XV cédait un immense empire à Sa Majesté britannique, à l’exception de ces quelques îles et des droits de pêche dans le golfe du Saint-Laurent.


Un peu de géographie…

Saint Pierre et Miquelon est situé au cœur des grands bancs de Terre-Neuve. L’archipel est localisé à 4 750 km de Paris et seulement 25 km des côtes de la province canadienne de Terre-Neuve. Montréal se trouve à 1 220 km à l’ouest. Ce qui relie Saint-Pierre-et-Miquelon au continent nord-américain, c’est bien entendu le Saint-Laurent. Ce morceau de France se trouve à l’embouchure des eaux du fleuve, à moins d’une heure à vol d’oiseau des îles de la Madeleine ou de la Gaspésie. Depuis plus de quatre siècles ces îles ont été habitées par des familles de pêcheurs originaires de Bretagne, de Normandie et du Pays Basque. Venus d’abord de façon saisonnière pour pratiquer la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve, ils se sont rapidement installés sur les îles principales et autour du port naturel de Saint-Pierre.


Un peu d’histoire…

Les îles de Saint-Pierre-et-Miquelon sont découvertes en 1520 par le portugais Joas Alvarez Fagundes qui les baptisa les « Onze mille vierges ». On sait cependant que les Indiens et Inuits séjournaient sur l’archipel bien avant l’arrivée des explorateurs européens. Mais ce n’est qu’en 1536 que ces îles acquirent leur nom définitif de Saint-Pierre-et-Miquelon, suite au passage de Jacques Cartier de retour d’un second voyage au Canada. Les eaux riches en ressources halieutiques de l’Archipel vont susciter alors l’intérêt des grands armateurs métropolitains. Le peuplement des îles va déboucher sur des campagnes de pêche importantes. C’est ainsi que s’établissent Basques, Bretons et Normands. Pendant toute cette période, l’archipel restera au cœur des rivalités franco-anglaises dans la région, avec deux faits marquants. L’accueil des Acadiens déportés en 1755 lors du « grand dérangement » et l’expulsion par les Anglais de la population de ces îles, suivie de son rapatriement en métropole. Les Français expulsés gardent le droit de pêcher et de travailler sur une partie du littoral de Terre-Neuve grâce au dispositif juridique intitulé le « French Shore ». Il faut attendre 1763 pour que l’Archipel soit rendu à la France alors que celle-ci perd le Canada. Mais à nouveau en 1778 les habitants sont expulsés par les Anglais et ce n’est que cinq ans plus tard qu’ils reviennent aux îles et en font un important port de pêche. Les hostilités vont continuer et l’histoire se répétera jusqu’en 1816, date à laquelle la population sera enfin autorisée à revenir sur l’archipel. Ces difficultés vont prendre fin en 1841 et les îles vont enfin pouvoir arborer le pavillon tricolore. Mais pendant longtemps encore, les pêcheurs de Terre- Neuve, alors colonie britannique, contestent les droits de pêche aux Français, qui en perdent une partie en 1904. Entre 1920 et 1923, l’archipel bénéficie des conséquences de la « prohibition » aux Etats-Unis. Les îles sont fréquentées par de nombreux navires qui livrent d’énormes quantités d’alcool, transportées ensuite clandestinement sur le continent nord-américain. Ce trafic rapporte beaucoup d’argent à l’archipel, mais cesse en 1933.


La France Libre

Après la défaite de la France en juin 1940, les îles sont malgré elles soumises à l’autorité du gouvernement de Vichy. Mais, le 24 décembre 1941, trois corvettes et un sous-marin des Forces Navales Libres commandées par l’amiral Muselier prennent le contrôle, au nom du général de Gaulle et de la France Libre, des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon. Le lendemain, 25 décembre, un référendum permet à la population locale de plébisciter son rattachement à la France Libre. Ce sont les réactions des autorités américaines qui déclenchent « L’affaire de Saint-Pierre-et-Miquelon ». En effet, le 25 décembre, le secrétaire d’état américain envoie un télégramme à l’ambassadeur des Etats-Unis auprès du gouvernement de Vichy, où il réclame le retour au statu quo et dénonce « les navires soi-disant libres ». Cette formule déclenche une tempête de protestations dans les milieux médiatiques et intellectuels américains, choqués que l’on puisse traiter de cette manière la France Libre. Beaucoup d’Américains écrivent des lettres de réprobation au Département d’Etat. Mais, très vite, les choses se calment. Le 25 décembre 1941, le général de Gaulle envoie ce télégramme à l’amiral Muselier : « Veuillez dire à la population des îles Saint-Pierre-et- Miquelon, si chères et si fidèles à la France, toute la joie que la nation ressent à les voir libérées. Que Saint-Pierre-et-Miquelon reprennent vaillamment avec vous et avec nos braves alliés le combat de la libération de la Patrie et pour la liberté du monde. Vive la France ! »


La vie quotidienne dans les années 1900

Au XIXème siècle, la population de l’archipel est formée d’Acadiens réfugiés après la déportation de 1755, mais aussi d’émigrants basques, normands et d’autres régions métropolitaines. Dans les rues, en particulier autour du port, des activités de charrois assez importantes sont généralement aux mains des Basques. Comme dans le Loiret ou la Flandre, l’emploi de charrettes à chiens pour les petits transports est relativement courant. Après la loi des associations de 1901, le premier syndicat officiellement constitué est celui des « Armateurs de la grande pêche », organisation patronale fondée le 23 mars 1902. Le 14 juillet est l’occasion de fêtes populaires comme partout en France. Une société d’assistance aux pêcheurs organise aussi des représentations théâtrales. Tout comme en Bretagne, la religion occupe une place importante dans la vie de l’archipel. Plusieurs sociétés religieuses présentent un caractère d’entraide et de secours mutuel. La plus ancienne est la « Société Notre-Dame de Bon Secours » de Saint- Pierre, fondée en 1880. Outre l’aide aux malades, aux veuves et aux orphelins, l’une des fonctions de ces sociétés est d’organiser des fêtes religieuses accompagnées de processions présentant diverses maquettes de goélettes ou de doris. Les deux fêtes principales ont lieu au moment du départ pour les campagnes de pêche et lors du retour. Dans les trois paroisses de Saint Pierre, l’Ile aux Chiens et Miquelon, au début des campagnes de pêche, une bénédiction solennelle des doris avait lieu pour les pêcheurs côtiers.

L’apogée de la grande pêche

Du XIXème au début du XXème siècle, la pêche à la morue et les industries qui en dépendent connaissent leur apogée. En 1894, l’archipel compte 5013 habitants permanents dont 634 à Miquelon. Les armements locaux font preuve d’une grande vitalité : 192 goélettes mobilisent 3270 marins pour la grande pêche, tandis que 453 petites embarcations sont montées par 1039 hommes pour la pêche côtière. Chaque printemps, une centaine de pêcheurs de l’Ile aux Chiens partent s’installer pendant plusieurs mois sur le « French shore ». De gros vapeurs amènent de France plus de 3000 matelots et officiers recrutés dans la région de Saint-Malo. Les goélettes sont dotées de six doris et montées de 15 à 18 hommes. Tous les mois, les morues pêchées sur les bancs sont débarquées dans le barachois de Saint- Pierre. Les poissons sont mis à sécher sur les graves des îles ou sont directement chargés sur un navire qui les apportera dans un port métropolitain comme La Rochelle ou Bordeaux. En 1900, on trouve à Saint-Pierre une fonderie, une manufacture de biscuits de mer, des fabrications de cirés, tonneaux, doris… Les industries et les artisans locaux ne manquent pas d’ouvrage et les nombreux cabarets ont beaucoup de clients.


La fin de la « French shore »

En 1904, la France renonce à ses droits sur la « French shore », ce qui provoque le déclin de la grande pêche à la morue. Les années 1903 à 1906 sont particulièrement désastreuses pour les goélettes locales et 69 d’entre elles sont victimes de naufrages. A partir de 1907, la flottille des goélettes disparaît peu à peu. Mais la petite pêche locale avec les doris se maintient encore de nombreuses années. Après la guerre, des centaines de gros chalutiers français, canadiens, asiatiques continuent de ratisser les fonds qui s’épuisent rapidement. En 1992, deux décisions internationales seront fatales pour l’économie de l’archipel basée sur la pêche industrielle et la transformation du poisson. Il s’agit de la décision du Tribunal international de New-York qui réduit considérablement la zone de pêche, et de celle du Canada qui décide un moratoire de la pêche à la morue. Cette mesure sera en partie levée en 1997, mais la pêche artisanale ne concernera plus qu’une vingtaine de bateaux.


Le développement de l’archipel

Suite à l’effondrement de la pêche, l’archipel s’emploie à développer une économie diversifiée. Les plus grands employeurs sont le secteur tertiaire, les travaux publics et la fonction publique. Plusieurs grands travaux ont été réalisés ou sont en cours, notamment la construction d’un nouvel aéroport, la réfection des réseaux d’eau potable et d’assainissement ou la construction d’un musée. Deux grands projets sont en cours de réalisation : la construction d’un nouvel hôpital et le traitement des déchets. L’archipel développe également le tourisme en mettant en valeur son patrimoine culturel. Enfin, des recherches pétrolières permettent d’espérer le développement d’activités liées à la recherche et à l’exploitation pétrolière. Aujourd’hui, l’archipel est peuplé de 6700 habitants dont 6000 dans la commune de Saint-Pierre.



Un département d’outre-mer puis une collectivité territoriale de la République

En 1946, l’archipel devient un territoire d’outre-mer, puis en 1976, un département d’outre-mer. En 1985, Saint-Pierre-et-Miquelon devient une collectivité territoriale à statut particulier ce qui lui permet de faciliter les échanges économiques et culturels avec l’Amérique du nord. L’archipel est composé de deux communes : Saint-Pierre et Miquelon-Langlade. Le Préfet, représentant de la République française, réside à Saint-Pierre. L’archipel est doté d’un Conseil général composé de 19 membres, assisté d’un comité économique et social avec des compétences en matière fiscale, douanière, de logement et d’urbanisme. L’archipel est représenté par un député et un sénateur.


Une population francophone proche du Québec et de l’Acadie

Avant de prononcer sa phrase fameuse à l’hôtel de ville de Montréal « Vive le Québec libre », le général de Gaulle avait employé le 20 juillet 1967 à Saint-Pierre cette formule : « Vous êtes le symbole et les artisans du fait que la France reste indépendante à l’égard de qui que ce soit ». Ces propos tenus par le président de la Ve République, finalement assez proches, manifestent la même volonté d’affirmer son identité dans un contexte politique et culturel qui ne lui est pas forcément favorable. La francophonie demeure un facteur primordial de rapprochement dans cette zone nord-américaine. Si les habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon sont en majorité originaires de Bretagne, de Normandie ou du Pays Basque, nombre d’Acadiens ont quitté un jour le Nouveau-Brunswick pour s’intégrer aux Saint-Pierrais et y fonder leur famille. Aujourd’hui les habitants de l’Archipel sont très liés avec leurs voisins francophones du Québec et de l’Acadie.


Saint-Pierre-et-Miquelon : une collection très recherchée

Aujourd’hui, l’archipel est bien connu des collectionneurs de timbres-poste. En effet, chaque année une dizaine de timbres « SPM » sont émis par la collectivité territoriale. Ils représentent des bateaux anciens ou actuels, des sites, des personnages ou des évènements comme la visite des présidents Charles de Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac. Ces timbres que l’on peut se procurer dans les principaux points philatéliques de France ainsi que dans les grands salons philatéliques sont très recherchés par les collectionneurs. La philatélie de l’archipel voit le jour en 1885 avec les timbres des colonies et en particulier une vignette représentant une tête de pêcheur. Au cours du 20ème siècle, l’archipel connaîtra différents statuts administratifs ce qui affectera la philatélie locale. Le point fort de la philatélie de Saint-Pierre sera marqué en décembre 1941 lors du débarquement des Forces navales de la France Libre, avec la mention apposée sur tous les timbres « France Libre – FN – St Pierre et Miquelon ». Les plis de cette époque sont maintenant très recherchés des philatélistes. Il ne faut pas oublier l’année 1986 qui permit à la philatélie locale de connaître un nouvel essor après dix ans d’interruption. La cartophilie de Saint-Pierre et Miquelon comporte également de très belles pièces. Ces cartes des années 1900-1920 représentent des scènes de pêche, des bateaux, des groupes de marins et aussi des voitures à chiens comme au Québec, en Flandre et dans le Loiret. La recherche active de ces documents a provoqué une certaine spéculation de la part des collectionneurs et de tous ceux qui se passionnent pour l’histoire de ce territoire.


Dossier réalisé par Alain Ripaux en collaboration avec la SODEPAR (agence de promotion de Saint-Pierre-et- Miquelon)

Sites Internet à consulter :

www.st-pierre-et-miquelon.com
www.spm-philatelie.com
www.sodepar.com
www.frontenac-ameriques.org


Bibliographie : Saint-Pierre-et-Miquelon - par Nelson Cazeils et Albéric de Palmaert – Editions Ouest-France - 126 pages avec de nombreuses photographies en couleur
Histoire de l’archipel et de sa population - par André Lebailly - éditions JJO - 1988
Histoire des îles Saint-Pierre-et-Miquelon - par Jean-Yves Ribault - 1962
Visite du président Chirac à Saint-Pierre (septembre 1999)


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