La Fayette

Publié le par Visualia

D’UN SYMBOLE A L’AUTRE


Le marquis de La Fayette (1757-1834) tient une place un peu timide dans la mémoire des Français. Guère plus qu’un nom ou un symbole en vérité. On se souvient qu’il aida les Américains lors de la guerre d’indépendance, et c’est à peu près tout. Le souvenir du général est beaucoup plus vif outre-atlantique : fait citoyen d’honneur à titre posthume en 2002, sa statue équestre est en bonne place devant la Maison Blanche. Pourquoi sa popularité, immense aux Etats-Unis, n’a-t-elle pas perduré en France ? Probablement parce qu’on considère que son rôle s’est arrêté avec ses prouesses aux côtés de George Washington.
En effet, il est plus difficile de cerner quel fut le personnage de 1789 et surtout des années qui suivirent: favorable à la révolution, dont il fut un héros, il présenta le projet de Déclaration des Droits de l’Homme à l’Assemblée, demanda l’égalité des citoyens et les droits civils des hommes de couleur, la suppression des ordres monastiques et l'abolition de la noblesse héréditaire ! Nommé commandant de la Garde nationale, il fit démolir la Bastille et proposa en personne la cocarde tricolore à l’Assemblée constituante. Tout cela explique sa grande popularité. Pour autant, il fut toujours dévoué à la famille royale et la sauva à plusieurs reprises, même si Marie-Antoinette le détestait.
En 1791, il resta modéré et s’opposa donc à Robespierre, mais il fit couler le sang en tentant d’empêcher la réunion du Champ de Mars le 17 Juillet. Marat le prit pour cible. Férocement anti-jacobin, La Fayette avait l’intention de rétablir une monarchie constitutionnelle en 1792. C’est à cette époque que son immense popularité fit place à une haine féroce : on brûla son effigie dans les rues de Paris. Le marquis avait l’intention de reprendre la ville par les armes, mais la cour lui refusa son aide. L’Assemblée législative le déclara alors traître à la nation et il fut destitué. Déporté en Moravie, jeté dans les cachots d’Olmutz, il sera torturé pendant 5 ans.
Napoléon le fera libérer. Ne nous y trompons pas : les deux hommes s’estimaient sans doute, mais refusèrent de travailler ensemble, leurs idées étant très divergentes. La Fayette s’opposera au sacre de Napoléon comme il s’était opposé à sa nomination de consul à vie. De même, il ralliera les Bourbons lors de la restauration.
Après s’être fait discret quelques années, il revient sur le devant de la scène lors de la révolution de 1830. Charles X et le duc d’Orléans cherchent  à le gagner à leur cause. Mais sa personnalité exigeante, additionnée à une vision politique très personnelle, fit qu’il  devint difficile à gérer. Inutile aux siens comme à ses opposants, il semble que sa mort soit arrivée à point nommé : il entre dés lors dans sa propre légende, et devient pour toujours « le héros des deux mondes ».
Dessiner La Fayette n’avait pour moi qu’un intérêt historique limité : difficile de rendre par l’image les tribulations purement politiques du bonhomme (là où il était si facile de trouver des images choc chez Napoléon). J’ai donc décidé d’agir comme un réalisateur de cinéma hollywoodien, comme de juste : si rares soient les images de sa vie, pourquoi ne pas les sublimer? Je revendique totalement cet aspect romancé du personnage. Il ne s’agit pas tant d’illustrer sa vie que la portée de ses idées : grandeur et liberté, voilà ce qu’il évoque. Rappelons ici, d’une part le soldat : « C’est à l’heure du danger que je souhaite partager votre fortune » (au gouvernement des colonies), et le penseur révolutionnaire : « L'insurrection est le plus saint des devoirs, lorsque l'oppression et la servitude rendent une révolution nécessaire. »


Frédéric MATHIAS
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C
Article très intéressant
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